Les Brics ne veulent plus d’échanges en dollars

  • Português
  • English
  • Posted on April 22, 2011


    Par Eugène Zagrebnov

    Les cinq plus gros pays émergents sont à la recherche d’une monnaie alternative pour régler leurs transactions et prônent la refonte du système monétaire mondial.

    La position des pays Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sur la scène économique mondiale ressemble au mouvement des «non-alignés», états du Tiers-Monde qui ont affirmé dans les années 60 leur neutralité face à l’opposition Etats-Unis – URSS. Ensemble les Brics représentent plus de 40% de la population mondiale et 18% du PIB planétaire. Réunis à cinq pour la première fois en Chine du Sud la semaine dernière, les Brics ont signé un accord de coopération financière prévoyant l’ouverture des lignes de crédit libellées dans leurs monnaies nationales. Et suite à cet accord, la banque de développement russe Vnesheconombank (VEB) compte émettre l’équivalent de 500 millions de dollars d’obligations libellés en yuans chinois pour une durée de 5 ans. Ayant déjà effectué une première émission d’obligations en francs suisses il y a deux mois, la banque VEB compte emprunter en tout 8 milliards de dollars aux pays étrangers cette année.

    «Le domaine, dans lequel on constate une coopération élargie entre ces pays, c’est l’utilisation de leurs monnaies respectives dans le commerce bilatéral», affirme Jim O’Neill, président de Goldman Sachs Asset management, qui a introduit le concept des pays «Bric» il y a une dizaine d’années, au moment où l’Afrique du Sud ne faisait pas partie de l’alliance. L’idée d’utiliser une monnaie autre que le dollar pour les transactions est une nécessité, car les pays Brics voient leur expansion dans le commerce extérieur, et non pas dans le développement de leurs marchés de consommation intérieure. Par ailleurs, l’existence de plusieurs monnaies de réserve permettra de diversifier les économies et de baisser les risques d’inflation.

    Des pays avec des dynamiques différentes

    Du point de vue économique, les Brics ont toutefois assez peu d’atomes crochus. Ainsi, en 2010 le PIB de l’Afrique du Sud représentait 400 milliards de dollars, alors que celui de la Chine, leader incontestable parmi les cinq émergents, s’élevait à 6 mille milliards de dollars. Pendant l’année 2009, la Russie a connu la plus grande baisse de son PIB, alors que le Brésil et l’Afrique du Sud, qui sont également très dépendants du marché des matières premières, ont moins pâti de la crise économique mondiale. «Si l’on enlève la Chine aux Brics, les autres pays émergents ne changeraient pas la situation commerciale mondiale. Les autres pays Brics sont en comparaison des petites économies», résume un spécialiste des pays émergents, basé à Paris.

    La Chine, qui intervient activement dans l’échange avec les autres pays Brics, pose problème à ses partenaires commerciaux. Ainsi, les exportations chinoises bon marché ont décimé le secteur manufacturier du Brésil et celui du textile en Afrique du Sud. Ces pays se plaignent du cours du yuan dévalué, ce qui défavorise leur commerce avec l’empire du Milieu. «Il s’agit de grands pays, qui ont chacun leurs propres intérêts économiques», affirme Yevgueny Mintchenko, directeur de l’Institut international de l’expertise politique à Moscou. «Mais ils sont tous mécontents du modèle économique dominé par les pays du G7», a-t-il ajouté.

    Les cinq pays ont souligné dans leur communiqué final à l’issue de la réunion de Sanya la semaine dernière «les déficiences du système monétaire international existant», proposant notamment de réviser la composition des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI. Cette possibilité est vue comme une réalité par plusieurs économistes. Pour Jim O’Neill de Goldman Sachs, «il y a des chances que le prochain directeur du FMI provienne d’un des pays Brics. Une plus large participation de ces pays au sein du FMI est nécessaire, mais elle tarde à venir».

    Le Figaro/AC