G20 agricole : le plan de bataille de la France

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  • Posted on April 8, 2011


    Par Anne Cheyvialle

    Bruno Le Maire multiplie les déplacements à l’étranger, en vue du G20 des ministres de l’Agriculture en juin. Il était cette semaine en Russie et au Brésil, où il a plaidé pour un contrôle de la volatilité des prix.

    À deux mois de la réunion des ministres de l’Agriculture du G20, à Paris, la France redouble d’efforts pour convaincre ses partenaires, notamment les pays émergents, de la nécessité de contrôler les prix des matières premières. La lutte contre la volatilité des prix agricoles est l’une des trois priorités de la présidence française du G20, avec la réforme du système monétaire international, et la taxation des transactions financières.

    Bruno Le Maire a effectué deux visites clés, cette semaine, à Moscou et à Brasilia. La rencontre ministérielle au Brésil a été «un succès », assure-t-on dans l’entourage de Le Maire. Les Brésiliens qui étaient très réservés à l’égard des propositions françaises semblent désormais rassurés. «Bruno Le Maire a très clairement dit que le contrôle porterait uniquement sur les manipulations financières sur le marché des produits agricoles», a indiqué le ministre brésilien, Wagner Rossi. «Nous avons été surpris de voir le Brésil, très favorable à plus de régulation sur les marchés», ajoute un membre de la délégation française.

    La transparence des marchés financiers est l’une des trois réformes prioritaires pour limiter la volatilité des prix, selon les experts de la FAO, de l’OCDE et la Banque mondiale, qui ont rédigé un rapport sur la question pour la présidence française du G20.

    Très sensible parce qu’il aborde le rôle controversé de la spéculation dans la hausse des prix des matières premières, ce sujet a été laissé aux ministres des Finances du G20. Il sera discuté la semaine prochaine, à Washington.

    Décision unilatérale

    À Moscou, les discussions ministérielles ont porté sur un autre sujet délicat : les restrictions unilatérales aux exportations. Le 5 août dernier, la décision de Moscou de geler ses exportations de blé à la suite des incendies et de la sécheresse exceptionnelle a entraîné une hausse brutale des prix sur les marchés internationaux. Cette réaction non concertée qui va à l’encontre des principes de libre-échange de l’OMC a été très critiquée par Paris. La France souhaite, dans le cadre du G20, imposer une concertation obligatoire en amont de ce genre de décision, afin d’éviter les abus, et de prendre des mesures protégeant les pays les plus pauvres contre la hausse des prix.

    Sur ce dossier, Bruno Le Maire ne ménage pas ses efforts, il aura rencontré à quatre reprises sa collègue russe, Elena Skrynnik. «Moscou est d’accord sur le principe de concertation en amont, sur la protection des pays les plus fragilisés», assure un proche du dossier. La France qui estime avoir rallié le Brésil et la Russie à sa cause, doit maintenant convaincre un autre poids lourd du G20 : la Chine, premier producteur mondial de blé. «Pékin est loin d’être favorable à la transparence sur les stocks », rappelle Michel Portier, directeur d’Agritel, expert des risques sur les marchés agricoles.

    Dans son offensive planétaire, la France a découvert un autre pays rétif à ses arguments : l’Australie, grande puissance agricole. «L’Australie est le pays le plus récalcitrant !», affirme un négociateur. «Pour eux, la volatilité des prix agricoles est un non-sujet ! » Bruno Le Maire fera-t-il prochainement le voyage jusqu’à Sydney pour parvenir à ses fins ? Rien n’est exclu

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    Le Figaro/AC