«Avec l’Afrique du sud, les émergents seront plus forts»

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  • Posted on April 22, 2011


    Par Guillaume Errard

    Pour Alexandre Hezez, responsable de la gestion chez Convictions AM, l’entrée de l’Afrique du sud dans le groupe des pays émergents va renforcer son poids économique et financier.

    lefigaro.fr – Les «BRIC» ont convié l’Afrique du sud la semaine dernière à leur troisième sommet, en Chine. Ont-ils pour ambition de s’imposer face aux pays développés ?

    Alexandre Hezez – Je ne pense pas que ce soit leur ambition. Les pays émergents ont besoin des pays développés pour accroître leur croissance économique respective. Avec l’entrée de l’Afrique du sud, ils vont bénéficier et notamment la Chine qui cherche à diversifier ses ressources naturelles d’une porte d’entrée sur le marché sud-africain qui regorge de minéraux et d’hydrocarbures.

    Les pays émergents vont également pouvoir faire entendre leur voix au sein du G20 en matière de gouvernance ou de système de change pour contrer le système monétaire basé sur le dollar. Ce groupe « BRICS »* n’est plus seulement un acronyme mais un groupe avec plus de poids financier et économique. A eux cinq, ils représentent par exemple environ 40% des réserves de change mondiales et un peu mois d’un quart du PIB du G20. Et selon le Fonds monétaire international, ce groupe devrait représenter 61% de la croissance mondiale en 2014.

    Comment expliquez-vous cette montée en puissance ?

    Les pays émergents ont montré à la faveur de la crise financière liée aux subprimes une exceptionnelle résilience avec des taux de croissance compris entre 5 % et 10 %. Cette bonne santé se reflète dans leurs échanges commerciaux qui se sont intensifiés depuis. La Chine exporte en valeur autant vers l’Inde qu’elle importe du Brésil. Le pays est ainsi devenu en 2010 le premier client du Brésil et de l’Afrique du Sud, détrônant dans les deux cas les États-Unis. De même, la Chine est devenue le premier client de la Russie, damant le pion à l’Allemagne. Quant à l’Inde, c’est surtout ses services de sous-traitance, notamment informatiques, qu’elle vend à l’international, notamment dans l’ensemble de l’Amérique du Sud.

    Les émergents doivent faire face à une inflation croissante mais tardent à trouver une solution commune. N’est-ce pas un frein à leur montée en puissance ?

    Les BRICS doivent trouver dans ce domaine une solution commune. Il semble qu’ils aient pris conscience que pour résoudre leurs problématiques inflationnistes, ils devaient réévaluer leurs devises par rapport au dollar à qui ils cherchent une alternative. Des pays comme la Chine ont montré qu’ils étaient en train de faire des efforts pour développer leur consommation interne. Ils sont en train de rééquilibrer leur balance commerciale. Maintenant sur des thématiques comme les matières premières, il existe certaines divergences entre ces pays. La Russie, exportatrice de gaz et de pétrole et l’Afrique du Sud, de métaux précieux, n’ont pas les mêmes préoccupations que la Chine, l’Inde et le Brésil qui misent plus sur la consommation et sont donc plus soucieux de l’envolée de leur inflation.

    A cette hausse du prix des matières premières s’ajoute celle des salaires.

    Pour maîtriser la hausse du prix des matières premières et des salaires, les banques centrales des pays émergents doivent augmenter leur taux d’intérêt de manière plus agressive en prenant garde à ce que ces augmentations ne cassent ni la consommation ni la croissance.

    Les pays émergents semblent retrouver peu à peu la faveur des investisseurs. Quel est votre avis ?

    Malgré leurs problèmes de dettes, l’Europe et les Etats-Unis conservent notre confiance. Leurs marchés d’actions restent attractifs. En ce qui concerne les pays émergents, nous privilégions la Chine et la Russie. Contrairement au Brésil et à l’Inde dont les niveaux d’inflations sont très élevés (respectivement 11,75% et 10%), nous pensons que la Chine saura maîtriser son inflation et la Russie continuera de bénéficier à plein régime de la flambée du prix des matières premières. Sur le marché des devises, nous privilégions en revanche les émergents dont les monnaies se réapprécieront.

    * Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud

    Le Figaro/AC